Nov 24

Un souvenir d’enfance à l’Hôtel-Dieu de Beaune : entre histoire, art et spiritualité

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J’avais 7 ans lorsque j’ai eu la chance de visiter l’Hôtel-Dieu de Beaune avec ma famille. Cet endroit, véritable joyau du patrimoine français, m’a profondément marquée. Hospice de style gothique flamboyant fondé au XVe siècle par Nicolas Rolin, chancelier des ducs de Bourgogne, et son épouse Guigone de Salins, l’Hôtel-Dieu représente l’un des symboles les plus forts de l’histoire hospitalière et spirituelle de la région.

À notre arrivée, mes yeux d’enfant se sont émerveillés devant les célèbres tuiles vernissées, éclatantes de couleurs, qui décorent son toit. En entrant dans la grande salle des pauvres — rebaptisée aujourd’hui « salle des Pôvres » pour en conserver l’authenticité — j’ai ressenti une connexion immédiate avec le passé, comme si les murs eux-mêmes racontaient des siècles d’humanité, de souffrance et de dévouement.

Chaque salle avait son propre parfum d’histoire : la chapelle, la salle Sainte-Anne, la salle Saint-Louis, ou encore l’impressionnante salle autour du polyptyque du Jugement Dernier réalisé par Rogier Van Der Weyden. Cette œuvre m’avait profondément touchée. À travers ses couleurs, ses expressions et son message spirituel, j’avais perçu un rappel silencieux : faire le bien, agir en conscience, et ne jamais oublier notre responsabilité envers ceux qui souffrent.

La découverte de la cuisine fut un autre moment magique. La vaste cheminée à deux foyers, le tournebroche automatisé de 1698 animé par « Messire Bertrand », petit automate en costume traditionnel, avait éveillé en moi un émerveillement presque enfantin. Tout semblait encore vivant, comme si le temps s’était arrêté. Présentée telle qu’elle était au début du XIXe siècle, la cuisine dévoilait son grand fourneau, ses bassines de cuivre, et ses robinets d’eau chaude surnommés « col de cygne ». Une statue de Sainte Marthe et la Tarasque en bois polychrome du XVe siècle veillaient sur la pièce avec douceur.

Cette visite m’avait offert bien plus qu’une leçon d’histoire : elle avait uni mon amour pour l’art, le patrimoine et la spiritualité. Je découvrais une institution façonnée par la volonté d’un couple visionnaire, née au cœur d’une période troublée. En 1441, dans les dernières années de la guerre de Cent Ans, Nicolas Rolin — alors l’un des hommes les plus puissants de Bourgogne — hésite entre Autun et Beaune avant de fonder cet hospice. Beaune est finalement choisie pour son emplacement stratégique et l’absence d’institution religieuse majeure.

Le 4 août 1443, l’acte fondateur est signé. Les mots de Rolin résonnent encore : « Dans l’intérêt de mon salut, désireux d’échanger des biens terrestres contre des biens célestes, je fonde irrévocablement en la ville de Beaune un hôpital pour les pauvres malades, avec une chapelle… ». L’établissement est alors indépendant de tout ordre religieux, une décision audacieuse pour l’époque.

Les bâtiments prennent forme autour d’une cour en U : la grande salle est achevée vers 1449-1450, la chapelle bénie en 1451, et en janvier 1452, les premiers patients — vieillards, infirmes, orphelins, indigents — y sont accueillis gratuitement. En 1459, Rolin obtient la création de l’ordre des sœurs hospitalières de Beaune, associant vie monastique et soins quotidiens. Après sa mort en 1462, Guigone reprend la direction jusqu’à son décès en 1470, fidèle à leur œuvre commune.

Les siècles suivants transforment l’ensemble au gré des besoins : incendies, reconstructions, agrandissements, nouvelles salles, évolutions des pratiques médicales… L’hospice continue de soigner jusqu’au XXe siècle, avant l’ouverture d’un nouvel hôpital en 1971. Les personnes âgées quitteront progressivement les lieux dans les années 1980, permettant leur restauration et leur ouverture au public.

En 2015, l’Hôtel-Dieu devient un élément majeur de l’inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l’UNESCO, aux côtés des villes de Beaune et Dijon.

Aujourd’hui encore, ce lieu reste pour moi un souvenir fondateur, un moment suspendu entre émerveillement, histoire et spiritualité. L’Hôtel-Dieu de Beaune est bien plus qu’un monument : c’est un témoignage vivant de compassion, d’art et d’héritage, qui continue à inspirer ceux qui franchissent ses portes.

Auteur : Alexandra Edin

Mots-clés : Hôtel-Dieu de Beaune, Nicolas Rolin, patrimoine Bourgogne, histoire hospitalière, polyptyque Van Der Weyden, architecture gothique, tourisme culturel, spiritualité, souvenirs d’enfance

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